Quand des commerçants du centre-ville appellent au secours

Les rues du bas de la ville de Port-au-Prince, ont un double visage. En saison pluvieuse, le bas de la ville porte une couleur et quand s’emmène la sécheresse, la couleur change. Cependant, peu importe la saison cette insalubrité reste présente.

A Port-au-Prince, le bas de la ville c’est le plus grand centre commercial du pays. Petits et grands commerçants, se donnent tous rendez-vous au centre-ville pour écouler leurs produits, tous les jours de la semaine. Provisions alimentaires, produits cosmétiques, matériaux de construction, pour ne citer que ceux-là, sont tous disponibles au centre-ville de la capitale haïtienne. Dans ce centre commercial qui correspond au bas de la ville, vous pourrez manquer d’un produit, mais jamais d’ordures et de déchets toxiques, comme nous le fait remarquer certains commerçants.

 

Phanise est installée sur le boulevard Jean Jacques Dessalines, à proximité du marché en fer, depuis 13 ans. Elle est marchande de fruits et de légumes. Elle avoue qu’elle s’est installée dans cet espace en 2004, et depuis l’image de la rue n’a jamais changé. Par ailleurs, Phanise dénonce d’une part, l’irresponsabilité et l’insouciance des autorités étatiques, face à la situation chaotique en matière d’insalubrité au bas de la ville. D’autre part, elle se plaint des accusations inconscientes des gens à leurs égards, comme les seuls générateurs de malpropreté au centre-ville : « on nous accuse tous les jours d’être les seuls responsables de l’insalubrité au centre-ville. Effectivement c’est nous autres commerçants qui générons les ordures, mais l’insalubrité au centre-ville est une affaire politique.  Nous sommes des commerçants, marchands de produits de toutes sortes, et c’est là au bas de la ville que nous passons toutes nos journées. Comment ne pas produire de déchets ? Que devons-nous faire avec ces déchets ? La mairie et SMCRS1 ne font pas leurs travaux. Ce n’est pas à nous commerçants de décider où nous allons jeter nos ordures. Aucun espace n’est réservé pour empiler les déchets. Les autorités nous abandonnent, tous les canaux sont bouchés, les déchets sont empilés sous nos yeux. Le bas de la ville est impraticable après la pluie, mais nous n’avons pas d’autres lieux pour écouler nos produits, et nous n’avons pas autres choses à faire. Ici nous sommes pour la plupart des mères et pères de familles. Nous avons des enfants à nourrir, vêtir, loger et éduquer. Qu’est-ce que l’État nous offre ? Rien. Donc qu’ils prennent leurs responsabilités pour assainir le centre-ville et mettent les camions de SMCRS à notre disposition pour ramasser les déchets tous les soirs ».

De son coté, Ritha âgée de 64 ans, dit installée au marché de la croix-des bossales depuis environ 30 ans. Selon Ritha, jusqu’au début des années 2000, le bas de la ville faisait rêver les gens. Les différents espaces qu’occupent les commerçants, n’ont jamais été aussi impropres et malsains que maintenant : « le marché n’a jamais été dans un autre espace. Depuis  le régime des Duvaliers, je vends mes produits ici. Si le bas de la ville est aujourd’hui dans cet état aussi déplorable, je crois que c’est la faute aux dirigeants. Pas de service sanitaire au bas de la ville. La mairie ne ramasse jamais les ordures, sauf quand les ordures bloquent la circulation après la pluie ».

Les commerçants ne sont pas les seuls à se plaindre. C’est une évidence que le bas de la ville de Port-au-Prince présente l’image d’une zone abandonnée et qui n’est pas administrée. Cette zone représente une menace pour la santé publique et constitue même une honte pour le pays. Il est donc nécessaire que tout le monde, notamment les autorités étatiques, s’engagent et se responsabilisent, pour sauver le bas de la ville de Port-au-Prince.

 

1 :  Service métropolitain de collecte de résidus solides

 

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